RDC Chaîne humaine MAI MAEE

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Les familles entendues sur le projet GIPED - AFA

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Accompagnement post adoption

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AFA - GIPED Le regroupement est ajourné

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Une réforme de l’Agence Française de l’Adoption dangereuse et inadaptée

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Rencontre avec Carmen Maria Véga

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Réforme AFA-GIPED, revue de presse

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Le profil des enfants adoptés à l'international

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Réforme AFA-GIPED, première tentative rejetée

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4ème fête des enfants adoptés en Haïti

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AFA-GIPED Lettre ouverte au président de la république

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Échecs de l'adoption, réussite de la presse

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France 2 : des enquêtes qui dérapent

COMPLEMENT ENQUETE


Nous avons regardé l'émission « Complément d'enquête » diffusée sur France 2 le 9 janvier 2014 et ayant pour titre « Adoption : des échecs qui dérangent » (1). N'ayons pas peur des mots et de dire fortement notre sentiment, comme pour nombre de familles adoptives, notre première réaction fut empreinte d'une grande lassitude.


En effet, depuis plusieurs années, le traitement médiatique du sujet de l'adoption internationale est systématiquement caricaturé, pris sous l'angle des échecs, voire du sordide. Mais si ce « Complément d'enquête » nous dérange, c'est plus par sa construction et surtout l'enchaînement des reportages. La majorité de ceux-ci n'entretient aucun rapport avec le titre de l'émission volontairement accrocheur et certains n'ont strictement rien à voir avec l'adoption. Toutefois ils s'enchainent parfaitement pour conduire à cette conclusion de la Ministre de la Famille: « l'adoption internationale, c'est fini ! ». Le grand public est ainsi rassuré : on lui a fait peur en présentant des séries d'horreurs touchant à la petite enfance dans le monde (vol d'enfant, échange sur internet, abandon suite à des adoptions...), puis on le tranquillise en lui assénant que tout cela est bien fini.


150.000 enfants placés à l'Aide Sociale à l'Enfance

L'émission a pourtant bien commencé avec un reportage mettant en lumière les 150.000 enfants placés dans des foyers de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) ou des familles d'accueil en France.Et une bonne question, régulièrement posée depuis des dizaines d'années : pourquoi veut-on à tout prix maintenir le lien biologique et ce faisant placer ces enfants en institutions alors que l'on pourrait établir pour eux, avec eux, des projets de vies bien plus bénéfiques. Là encore, la présentation est cependant biaisée puisque les seules solutions énoncées sont celles du parrainage et de l'adoption simple alors que selon les cas, des adoptions plénières pourraient être envisagée.

En 1987, Simone Veil dressait déjà « un constat d'échec de l'aide sociale à l'enfance devant la situation de tant d'enfants qui grandissent dans les services sans l'espoir d'être accueillis dans une famille » et exprimait son souhait d'une orientation différente : « J'aurais souhaité qu'il puisse y avoir au sein de l'ASE un personnel spécialisé suffisamment nombreux qui s'occupe plus particulièrement de l'adoption » (2).

Vingt-sept ans plus tard, nous en sommes toujours là ! De fait, il ne s'agit pas ici d'échec de l'adoption mais d'échec de la politique familiale ayant pour objectif premier, voire unique, le maintien de liens familiaux, fussent-ils nocifs pour le développement de l'enfant.


"L'adoption, une mort pour devenir quelqu'un d'autre"

Puis l'émission propose, sans aucune transition, le témoignage d'un jeune homme originaire d'Haïti, adopté en France à l'âge de quatre ans. La position de cette interview juste après l'exposé des conditions de vie « d'enfants français » en institution met en relation deux situations sans rapport entre elles et oppose adoption nationale et adoption internationale.

Mais c'est la teneur des propos tenus qui choque le plus. Interrogé, le jeune homme se décrit « comme issu du néant » et dit voir l'adoption « comme une mort pour devenir quelqu'un d'autre, un leurre et un déracinement culturel ». Et en affirmant « être victime d'un trafic d'enfant comme beaucoup d'enfants en Haïti et partout dans le monde », il jette le discrédit sur l'ensemble des adoptions en Haïti et sur l'adoption internationale en général.

Par ailleurs, les propos tenus sur « l'adoption internationale qui ne rend pas service aux enfants car cela les déracine et qu'il vaut mieux les parrainer dans leur pays » auraient pu être mis en perspective avec le sort de milliers d'enfants grandissant dans les rues ou qui, placés dans des familles haïtiennes, subissent un traitement parfois proche de l'esclavage réservé !

Le malaise perceptible de ce jeune adopté s'entend évidemment. Mais sur une chaîne de télévision de grande audience, ses propos exprimés sans aucune contradiction font passer un cas particulier, certes douloureux, pour une généralité. Cela n'est pas supportable et porte un grave préjudice, non seulement aux adoptés venant d'Haïti mais également à l'ensemble des adoptés et aux familles adoptives.


Les échanges d'enfants aux USA

Vient alors un reportage sur les « ré-adoptions » aux Etats-Unis avec une famille de douze enfants originaires pour la plupart d'Asie et recueillis en seconde adoption après que leurs premières familles adoptives les avaient remis aux services sociaux. Puis un second volet consacré à un sinistre réseau d'échange d'enfants sur internet ayant concerné 250 enfants sur cinq ans, en toute illégalité.

Quel lien existe-t-il entre ce reportage et les deux premiers moments de l'émission ? Difficile à dire ! Pourquoi le choix d'un tel sujet, alors que le présentateur indique que cela n'est pas possible en France ? Rappelons que le trop méconnu dernier rapport de l'Observatoire Nationale de l'Enfance en Danger pour 2011 paru en janvier 2013 ne mentionnait que cinq enfants admis comme pupilles de l'Etat suite à un échec de l'adoption (3).


Trafics et vols d'enfants dans l'Espagne de Franco

Enfin nous avons eu droit aux enfants volés à leurs parents en Espagne sous le régime de Franco. Ces faits sordides et criminels sont malheureusement connus depuis longtemps. Ils débutent dans les années 1940 sous le régime de Franco qui souhaitait purifier la société espagnole avec la complicité des autorités religieuses. Comme l'indique bien le reportage, cela se transforma ensuite en trafic d'enfants jusqu'à la fin des années 80, les familles cachant leurs origines aux enfants en leur faisant croire qu'ils étaient des enfants naturels.

Si le sujet mérite la diffusion d'une information précise, on s'interroge sur sa place dans cette émission dont le sujet annoncé est « les échecs de l'adoption ». Le reportage évoque en fait des crimes commis par un régime totalitaire qui utilisa le système juridique de l'adoption comme couverture. La victime du système, autant que les enfants volés, est l'adoption elle-même.

En France, l'adoption est une mesure de protection de l'enfance. Cela n'a rien à voir avec un système de rapts d'enfants à grande échelle mis en place par une dictature.


L'adoption internationale, c'est fini

En conclusion de ce qu'on peut qualifier de montage grossier et de réquisitoire contre l'adoption internationale, Mme Bertinotti, ministre déléguée à la famille, pouvait alors affirmer par deux fois que « l'adoption internationale c'est fini » en ajoutant que son projet de loi allait permettre la montée en puissance des adoptions en France, plus particulièrement sous la forme des adoptions simples.

Belle opportunité offerte à notre ministre pour ainsi promouvoir son projet de loi !

Tel un puzzle ne prenant toute sa signification qu'une fois toutes les pièces en place, la construction de cette émission pose question. On ne peut s'empêcher de penser à de la manipulation au vu de l'enchaînement des reportages et de la conclusion ministérielle. Il s'inscrit malheureusement dans l'air du temps qui se plait à discréditer l'adoption internationale et à vilipender les adoptions plénières.

Nous assistons ainsi depuis quelques années à un procès systématiquement à charge contre la forme plénière de l'adoption. Ceci repose sur le préjugé idéologique que la rupture du lien juridique de filiation implique également la rupture avec l'histoire première de la personne adoptée. Ce n'est évidemment pas le cas, les parents adoptifs, et bien entendus leurs enfants, savent qu'il y a eu une histoire avant l'adoption, qui nécessite respect et dialogue. C'est dans cet esprit que, adoptés et parents adoptifs, ont réaffirmé leur attachement à la forme plénière de l'adoption dans un communiqué commun regroupant Racines Coréennes, la Voix des Adoptés, Enfance et Familles d'Adoption et le MASF, rendu public en janvier 2013 (4).

Par ailleurs, cette émission met en lumière une constatation plus récente et tout aussi inquiétante, à savoir la construction d'une argumentation visant à opposer l'adoption nationale à l'adoption internationale.

 


100.000 enfants adoptés par des familles françaises dans plus de 120 pays différents

L'adoption internationale a une longue histoire derrière elle. Depuis une quarantaine d'années, ce sont en effet près de 100.000 enfants qui ont été adoptés par des familles françaises dans plus de 120 pays différents. Cette formidable ouverture sur le monde a fait la fierté de la France, pays de tradition d'accueil. Les adoptants ont ainsi longtemps été décrits comme des héros dans la presse grand public, reconnus pour leur générosité et un certain esprit d'aventure. C'était flatteur et il faut bien le dire excessif. Aujourd'hui, par un effet de balancier bien connu, les médias se bornent à assembler des éléments d'informations disparates et à reproduire des caricatures grossières visant à décrédibiliser l'adoption internationale et à participer à une présentation préjudiciable pour les personnes adoptées et leurs familles.

Nous sommes curieux de comprendre pourquoi et comment en choisissant de traiter du thème de l'adoption, l'idée qui vient systématiquement en tête chez les journalistes soit celle des échecs ou des trafics d'enfants. S'agit-il de faire de l'audience avec des propos accrocheurs en ne traitant que des aspects les plus sordides de notre société ? Pourquoi, dans une France qualifiée de « dépressive », ne pas évoquer les adoptés qui réussissent, comme Steve Jobs, dans les affaires, Florent Amodio, notre champion de patinage artistique ou Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'économie numérique ? L'adoption peut aussi être abordée d'un point de vue légal (en France, en Europe, dans le monde), d'un point de vue social, d'un point de vue humain...

Le MASF est une fédération d'associations rassemblant des personnes et des associations de parents adoptifs. Certaines de ces personnes sont concernées par les questions d'adoption depuis plusieurs dizaines d'années. Si France 2 (ou un autre média) souhaite prendre le temps de nous rencontrer, nous serons alors tout à fait disposés à participer à la construction d'un vrai projet de film ou d'émission autour de la famille adoptive, qui comme toutes les autres familles, comporte son lot d'histoires extraordinaires, banales, tristes, magnifiques...


(1) Adoption : des échecs qui dérangent

(2) « Abandon et Adoption » Editions Autrement, janvier 1992

(3)  Rapport de l'ONED 2013 sur la situation des pupilles de l'Etat

(4) « L'adoption plénière en danger » Communiqué regroupant les associations d'adoptés (La Voix des adoptés et Racines coréennes) et les associations de familles (EFA et le MASF)

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Commentaires (1)

  • Invité (Jacques Vaugelade)

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    Tout à fait d'accord. Pour s'opposer des généralisations basées sur des cas extrêmes, il faut de présenter une vision réaliste et documentée de l'adoption que seule une enquête permet d'obtenir. C'est l'objet de l'enquête en cours actuellement, il ne s'agit pas de nier les échecs qui peuvent exister mais de relativiser ces cas à l'ensemble des adoptions.
    L'enquête vise une population d'adoptés assez anciens puisque sont concernés les 15-30 ans. L'angle de l'école et de l'orientation a été privilégiée, mais l'enquête aborde beaucoup d'aspects. L'enquête s'adresse aux parents mais aussi aux jeunes qui remplissent un questionnaire distinct et plus court.
    Y participer contribue à la défense de l'adoption. http://www.adoptionefa.org/enquete/