Médecins du Monde abandonne l’adoption

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Elections présidentielles - pas de réponse sérieuse

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Les chiffres de l’adoption internationale en 2016

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Elections présidentielles - lettre aux candidats

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RDC Chaîne humaine MAI MAEE

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Les familles entendues sur le projet GIPED - AFA

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Accompagnement post adoption

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AFA - GIPED Le regroupement est ajourné

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Une réforme de l’Agence Française de l’Adoption dangereuse et inadaptée

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Rencontre avec Carmen Maria Véga

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Réforme AFA-GIPED, revue de presse

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Le profil des enfants adoptés à l'international

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Survivants du séisme du 12 janvier, 992 enfants haïtiens ont trouvé une famille française en 2010. Haïti est pour la seconde année consécutive le premier pays d’adoption pour les familles françaises. En deux ans, ce  sont plus de 1500 adoptions réalisées c’est-à-dire près de la moitié d’une année d’adoptions tous pays confondus (3504 adoptions en 2010).

Bien entendu on peut s’en réjouir en pensant aux conditions de vie de ces enfants dans leur pays d’origine ainsi qu’au soulagement des familles après des mois d’attente et d’incertitude, pour beaucoup d’angoisse.
Le dossier haïtien aura également déclenché toutes sortes de réactions et posé nombre de questions dans le monde de l’adoption : fallait-il évacuer les enfants immédiatement après le séisme ? Les adoptions haïtiennes sont-elles juridiquement incontestables ? Existe-t-il des problématiques propres à l’adoption par des personnes célibataires ?


L’émergence progressive de ces questions apporta son lot de réponses plus ou moins construites, étayées et adaptées. Durant cette année nous avons alors assisté à plusieurs séquences alternant arrivées d’enfants et blocages des procédures, faisant souvent suite à des prises de position ne s’appuyant sur aucune réalité ou étude sérieuse. Ainsi à l’Assemblée Nationale, Bernard Kouchner affirmait le 20 janvier 2010 que les apparentements par démarche individuelle ne disposaient pas de jugement. Il récidivait au Sénat le 6 mai 2010 en s’étonnant que parmi 117 enfants adoptés il n’y ait pas un seul orphelin, jetant ainsi le doute sur les procédures d’adoption. Chacun sait, qui plus est un ministre de la République, qu’un enfant adopté n’est pas toujours orphelin et qu’un orphelin n’est pas toujours adoptable. Ces déclarations étaient dans le droit fil de son souhait de supprimer les démarches individuelles.
Dans ce contexte, une autre polémique s’est vite déclenchée par la prise de position largement médiatisée de pédo psychiatres contestant les conditions dans lesquelles les enfants arrivaient d’Haïti et étaient accueillis dans les aéroports parisiens. Le Ministère des Affaires Etrangères décida alors de suspendre le retour en France de 117 enfants apparentés sur les 522 dont le jugement était prononcé et de créer un sas aux Antilles pour que les enfants y rencontrent leurs parents dans de bonnes conditions. Les associations de parents adoptifs soutiennent depuis toujours qu’il est regrettable que certains enfants adoptés soient  convoyés en France sans que leurs futurs parents n’aient jamais eu de contact  avec leur pays d’origine. Le MASF a toujours critiqué ces pratiques de certains OAA sans que les « experts » n’aient  beaucoup fait entendre leur voix. Une commission (dont la composition fut secrète, pour des raisons de sécurité, nous a-t-on expliqué) fut envoyée en Haïti pour s’assurer que ces 117 enfants étaient bien en mesure de rencontrer leurs parents, ce qu’elle confirma.

 

Les adoptés « accueillis » en centres de transit et contrôlés jusqu’à 18 ans

La réaction  provoquée par la crise haïtienne a permis de montrer un net clivage dans le monde de la pédo psychiatrie en France. Parmi les réactions excessives, on peut citer une interview de Sophie  Marinopoulos dans une radio locale, où elle doute que 500 enfants puissent  bénéficier d’un jugement d’adoption. Ceci démontre pour le moins un manque  abyssal de connaissance de la spécificité de ce pays, et une stigmatisation inutile d’enfants et de familles qui va bien au delà du cercle visé. Si les écarts à la loi doivent être sanctionnés, s’en prendre de manière indifférenciée à toute une population est particulièrement inacceptable.

Marcel Ruffo, le plus médiatique des pédo psychiatres français, est aussi intervenu dans ce débat, en proposant de faire suivre les enfants adoptés jusqu’à leurs 18 ans par un  médecin, un psychologue et un pédagogue, ce qui n’est rien d’autre qu’une mise sous  tutelle du type de filiation qu’est l’adoption plénière. Lors des discussions pour la mise en place de la  convention sur l’adoption internationale, la conférence de droit international  privé de La Haye avait refusé de faire figurer un suivi des enfants jusqu’à  leur majorité. Nous assistons là à un retour  en arrière plus qu’inquiétant.

 

Marcel Ruffo proposait aussi la création d’un « centre de transit », accompagné d’un fichage pour les enfants  adoptés, comme cela avait été suggéré un moment pour les enfants en danger. Si nous ne contestons pas l’utilité d’un diagnostic pour soutenir les familles quand elles rencontrent des difficultés, ceci doit relever strictement de la démarche personnelle. En outre cette proposition introduit une étape constituant une rupture  supplémentaire dont il faudra favoriser également la résilience comme toutes les précédentes. Tous les scientifiques dans ce  domaine admettent avec la chercheuse anglaise Celia Beckett que « le  facteur annonciateur de retard le plus puissant a été la durée des carences,  indiquant un risque d’altération bien plus élevé si la période de séjour en  institution avait été supérieure à six mois »*.

 

On est également tout à fait  dubitatif lorsque Marcel Ruffo évoque le taux de 30% d’enfants adoptés en  échec scolaire. Notons il est vrai que s’il définit l’échec scolaire par la non obtention  du baccalauréat, ce taux est d’environ 35% dans la population générale pour une  génération  d’enfants ! Nous sommes impatients d’en savoir  plus sur les résultats de M. Ruffo qui mériteraient d’autant plus publication qu’ils  contredisent la plupart des travaux des scientifiques européens spécialisés dans ce domaine, qui publient dans des  revues où leurs résultats sont validés par leurs pairs, et que le MASF avait invités à son congrès de Nantes en 2008*.

 

Enfin, nous avons aussi eu droit aux échecs de l’adoption vus par Pierre Lévy Soussan dans « France-soir », « l’Itinérant » et Le Figaro. L’auteur y définissant l’échec par la maltraitance, l’abandon et la remise de l’enfant aux services de l’ASE et affirmant que ces « échecs » représentaient 10 à 15% des adoptions, soit entre 400 et 600 enfants par an. Certes, « définir un échec d’adoption n’est pas chose facile » comme le reconnaît Pierre Levy Soussan dans son dernier ouvrage destiné au grand public, c’est à dire dont les propos ne sont pas validés par ses pairs. Pour affirmer que les études internationales parlent de 10 à 20% d’échecs, il cite un article de 1993 de James H Rosenthal dans la revue The Future of Children, volume 3, numéro 1, pages 77-88, intitulée : Outcomes of adoption of chlidren with special needs. Comme son titre l'indique, cet article ne fait référence qu'à des enfants à besoins spéciaux, population bien spécifique pour laquelle les données présentent une variation très forte, si l'on s'en tient au taux d'enfants remis aux services sociaux à l'enfance. L’auteur admet en fin de paragraphe que l'on peut prendre comme valeur entre 10 et 15%. Ceci dit, PLS n'a pas voulu frapper trop fort, car s'il avait choisi un autre passage de cet article, on aurait eu 53% d'échecs, et il aurait peut-être eu du mal à être crédible. Citons le texte original de cet article : Some specific groups of children have extremely high disruption rates. Kagan and Reid report on a sample of 78 youths with a mean age of 11 years at adoptive placement, 91% of whom had experienced placement in an institutional treatment center. Of this sample, 53% experienced at least one adoption disruption. At the other extreme, a private Illinois agency with strong postplacement parent support group services experienced only 5 disruptions in 900 placements of older children. En dehors de cette méthode inductive qui prend quelques cas particulier pour une généralité, citer un taux d’échecs sans population de référence n’a pas de sens. Implicitement, on comprend que dans les familles non adoptives, les échecs, évalués à l’aune des mêmes critères, tels que la mise en internat ou la mise à distance dans un studio, sont inexistants. Là encore, un travail de lecture sérieux de la littérature existante démonte instantanément cet argument. S’il est exact que les problèmes, difficultés, sont plus fréquents parmi les adoptés que dans l’ensemble de la population, il ne faut pas sous entendre que tout va bien ailleurs : les internats ne sont pas remplis que par des enfants adoptés. Ceci dit, on se demande pourquoi PLS n’a pas poussé le soucis d’information éclairée jusqu’à citer un article qui se trouve quelques pages plus loin que celui de Rosenthal, dans la même livraison de la revue the Future of Children. Il est signé de Mark T McDermott et s’intitule : Agency versus independent adoption : the case of independent adoption. Cette histoire d’arroseur arrosé nous aurait pourtant fort bien distraits.

La seconde référence utilisée par Pierre Levy Soussan à l’appui de sa thèse est un article de 2004 d’Alan Rushton (Clinical Child psychol & psychiatry n°9, 89-106 : A scopping and scanning review of research on the adoption of children placed from public care). Dans cette revue, les taux d’échecs d’adoption dans les cas de placements de grands vont de 10 à 50%, selon les échantillons et avec un accroissement lié à l’âge à l’adoption. Cet article reconnaît une difficulté de comparaison des résultats, et pour les adoptions d’enfants moyennement âgés, l’adoption semble fonctionner bien pour la plupart en terme de stabilité de placement. Cela est moins vrai pour les adolescents, mais Alan Rushton reconnaît lui-même qu’il lui manque des études sur des suivis de plus grande durée. Selon lui, les facteurs associés à une instabilité du placement sont l’âge au moment du placement, les expériences négatives antérieures, les problèmes psychosociaux de l’enfant placé et la présence d’un enfant du même âge déjà résident dans la nouvelle famille. Il existe pourtant des études longitudinales sur plusieurs décennies, et conseillons aux personnes qui n’ont pas envie de se jeter sur les travaux originaux des chercheurs européens qui ont travaillé sur cette question la lecture du livre d’Aubeline Vinay dans lequel ces études sont synthétisées (1). Le groupe de Leiden a en particulier proposé une méta analyse de la littérature sur ce sujet tout à fait pertinente.

Les 62 enfants sont comptabilisés parmi les 1 415 enfants non placés en vue d’adoption à la fin de l’année 2008, parce qu’ils ont vécu un échec d’adoption antérieur, sans que ne soit précisé ce que recouvre ce terme d’échec d’adoption (page 19 du rapport ONED). Si on se rapporte à la page 34 du même rapport, il est écrit que « 5 enfants ont été admis comme pupilles de l’État, suite à un échec d’adoption » (il y en avait 12 en 2007). On peut donc être dans ce dernier cas certain que l’échec est bien considéré comme une remise de l’enfant aux services de l’ASE. Certes 5 c'est encore trop, mais 5 enfants sur 3997 adoptions correspondent à 125 pour 100 000 adoptions, que l’on peut assimiler à 100 000 naissances. Si on compare ce taux avec celui de la population générale (page 25 du rapport ONED) il était la même année de 113 admissions de pupilles de l’Etat pour 100 000 naissances, donc légèrement inférieur à celui concernant seulement les adoptés, mais du même ordre de grandeur.

On ne peut qu’être étonné enfin à la lecture de ce livre, que les discussions dans un cabinet médical puissent se retrouver livrées en pâture, dans la pire forme qui soit, anonyme pour le lecteur mais ressentie comme une trahison par le patient, dans un amalgame à vernis scientifique qui ne peut que réduire à néant la confiance patiemment mise en route avec le praticien. Il serait souhaitable pour la sérénité de tous que cessent ces déclarations de personnalités, dont les égos sont comparables à celui de nos philosophes médiatiques, qui rêvent sans cesse d’écrire J’accuse sans être passés par la case d’écriture de Germinal. Il est essentiel que nos associations révisent les « professionnels » susceptibles d’aider les postulants dans leurs difficultés. Ces dernières prises de position ne peuvent que nous inciter à la plus grande prudence en ce qui concerne les recommandations que nous adressons aux membres de nos associations, lorsqu’ils sont en recherche d’un professionnel pour les aider à surmonter un problème familial réel.

 

Pourquoi un tel acharnement médiatique sur l’adoption ces derniers temps ? On ne peut s’empêcher de rapprocher ces pics de communication avec les articles qui paraissent périodiquement sur la relation supposée entre les parents adoptifs et les enfants victimes de vol d’organes. Bien qu’aucune de ces rumeurs n’ait jamais été confirmée, y compris par des journalistes, elles trouvent un terrain favorable parmi un public qui ne se demande jamais pourquoi on s’embêterait à créer un lien de filiation avec quelqu’un que l’on est prêt à tuer pour récupérer une partie de lui. Oublierait on qu’il incombe alors à celui qui a créé ce lien d’assurer les obsèques : autant se servir sans créer cette servitude supplémentaire. Le bouillonnement médiatique trouve un écho fort dans la société, puisque les hommes politiques passent leur temps à expliquer que la famille en est le fondement. Mais si on suit Maurice Godelier, tel n’est pas le cas, car sinon la société aurait explosé depuis longtemps puisque le système matrimonial a complètement changé au cours du dernier quart de siècle, qu’il s’agisse du taux de divorces ou de naissances hors mariage. Si l’on tente un début d’analyse de l’apparition récente de tels propos dans le champ médiatique, on ne peut pas ne pas faire le lien avec la difficulté qu’ont les centres spécialisés dans les consultations sur l’adoption pour survivre au sein du système public de santé. On peut voir donc dans ces propos excessifs une volonté de se positionner comme acteur incontournable, en se prêtant des compétences d’une part et en amplifiant le problème d’autre part, lorsqu’il y aura une redistribution des cartes, au profit d’un système privé pour lequel le profit, symbolique et surtout financier, n’est pas absent.

 

Des experts auto proclamés de l’adoption

Oui, les échecs de la parenté existent, et on peut utiliser de nombreux indicateurs, plus ou moins pertinents. Mais pour en assurer la validité statistique, ils doivent être comparés aux mêmes indicateurs dans une population de référence, qui ne possède pas le critère considéré comme causal parmi les paramètres étudiés. Dans la population générale, les échecs ou difficultés de l’éducation, les troubles du comportement des adolescents concernent environ un jeune sur deux.

Prétendre qu’en France, les échecs de l’adoption soit un sujet tabou est une méconnaissance des efforts faits par le MASF pour faire avancer la connaissance en invitant les scientifiques français et étrangers qui se sont penchés sur la question. Nous avons été parmi les premiers à sortir du discours soporifique qui courrait encore les rues à la fin des années 90 parmi les associations. C’est à cela que le congrès de Nantes devait apporter une réponse (2).

Les déclarations à l’emporte pièce auxquelles nous avons eu droit de la part de ces pseudo-psy se moquent ouvertement de savoir si des études scientifiques ont été menées sur le sujet. Nous sommes sidérés du fait que des noms comme Verhulst, Hjern, Juffer, Beckett, c’est à dire les meilleurs spécialistes européens du domaine, impliqués parfois depuis près de trente ans, n’évoquent quasiment rien parmi nos spécialistes franco français.

En fait, malgré quelque vernis, nous ne sommes pas dans un discours scientifique, car si on consulte la banque  mondiale des publications scientifiques (avec comité de lecture) dans le domaine des sciences de la vie, en recherchant les contributions de nos auto proclamés experts de l’adoption, on est édifié : aucune trace. Sur la notion de spécialiste, revenons aux critères que nous avions appliqués au MASF lors du congrès de Nantes sur l’adoption internationale. Avoir publié, en langue anglaise, dans des revues avec un comité de lecture de pairs, des articles répertoriés dans la banque mondiale de bibliographie des sciences de la vie, Medline. Vous pouvez interroger le site http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/ avec en mots clefs les noms de nos spécialistes franco français et adoption, le résultat est édifiant. Comme disent les matheux, l’ensemble vide est un ensemble comme les autres ! Il est vrai que les spécialistes qui inondent nos ondes ou nos pages n’ont pas été invités au congrès international sur les recherches en adoption internationale (quatrième du nom) qui a eu lieu aux Pays Bas en juillet 2010. Difficile, dans ces conditions, de se présenter malgré tout comme un grand spécialiste de l’adoption internationale.

 

Ces prises de position rapides et synchrones révèlent plus une volonté pour leurs auteurs de se procurer une situation de monopole du discours sur l’adoption internationale que de proposer des solutions pratiques aux familles en souffrance.

 

Il est vrai que toutes ces déclarations font le buzz et mettent en lumière leurs auteurs, très utile notamment lorsque leur dernier ouvrage sort en librairie, expliquant comment être de bons parents ou pourquoi il faut traquer le délinquant dès quatre ans. Les associations de parents adoptant auraient intérêt à ouvrir le débat pour savoir quels sont les professionnels elles recommandent quand les parents sont confrontés à des difficultés avec leurs enfants.

 

1. Psychologie de l’attachement et de la filiation dans l’adoption. Dunod. 2011

2. Adoption : un lien pour la vie. Editions Solal. 2009

 

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