Une réforme de l’Agence Française de l’Adoption dangereuse et inadaptée

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Rencontre avec Carmen Maria Véga

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Réforme AFA-GIPED, revue de presse

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Le profil des enfants adoptés à l'international

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Réforme AFA-GIPED, première tentative rejetée

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4ème fête des enfants adoptés en Haïti

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AFA-GIPED Lettre ouverte au président de la république

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Échecs de l'adoption, réussite de la presse

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Conférence santé des enfants adoptés à Nantes

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Statistiques 2015

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APAEB Nos Pépites du Bénin

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Tremblement de terre au Népal

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ICAR4 : une conférence internationale sur l'adoption

ICAR4 LOGODu 7 au 11 juillet 2013 a eu lieu à Bilbao en Espagne la quatrième conférence internationale sur la recherche en adoption, ICAR4, qui a réunit des personnes des pays suivants : USA, Mexique, Canada, Suède, Norvège, Finlande, Angleterre et pays de Galles, RFA, Espagne, Portugal, Grèce, Roumanie, Suisse, Pays-Bas, Russie, Inde, Australie, Nouvelle-Zélande, Emirats Arabes Unis.


La France n'a participé qu'à une seule communication, présentée par le MASF. L'organisateur, Jesus Palacios, a été étonné du peu de présence française eu égard à la place qu'occupe la France dans l'adoption internationale. Il nous a dit regretter l'absence des acteurs institutionnels (MAI, AFA) et opérationnels (OAA, CG, pédo-psychiatres...) malgré ses sollicitations. Tous les grands noms de la recherche internationale étaient là et aucun ne considère que la France fait partie du concert. Souhaitons que la prochaine conférence ICAR en 2016 verra une plus importante mobilisation française (1).


Les zones grises

Les aspects légaux et administratifs ont été abordés, la convention de La Haye passée au crible sans complaisance. Le fait qu'un grand nombre de pays, 91, l'aient ratifié, est considéré comme l'une des causes de la diminution du nombre d'adoptions internationales depuis 2005. Hervé Boéchat, du SSI (Service Social International), a rappelé les zones grises dans les pays d'origine dont les structures publiques sont dans l'incapacité de lutter contre les pratiques criminelles. Les pays d'accueil ont aussi leur part de responsabilité et ils doivent sanctionner les OAA qui s'affranchissent des règles éthiques ou qui n'ont pas les moyens financiers et humains de se rendre sur place pour s'assurer de la qualité des procédures. Le niveau de vigilance des autorités centrales n'est pas toujours suffisant, en particulier en ce qui concerne les coûts affichés pour les procédures. De même les services consulaires, ainsi que les media, qui présentent des enfants en attente de parents, sans que les conditions de l'adoptabilité ne soient précisées et donnant de faux espoirs aux spectateurs, sont aussi responsables. Enfin la coopération entre pays d'accueil est faible, comme on a pu le constater avec Haïti où les pratiques et les discours ont différé.


Karen RotabiKaren Rotabi a analysé les pratiques des agences américaines en matière d'adoption internationale, en donnant l'écart de salaires des dirigeants, qui va de zéro (il existe des bénévoles) à 311 271 USD, auxquels il faut ajouter les avantages de l'usage sans contrôle de la carte de crédit de l'agence. La médiane des salaires était de 73 000 USD en 2009. Sur les 300 agences américaines, environ une centaine est sans but lucratif. Alors que l'opprobre se porte facilement sur les pays d'origine, on ne peut pas accuser les USA de manque de moyens financiers pour structurer la profession. La convention de La Haye n'a pas la capacité d'imposer ses règles aux pays, qu'il s'agisse des pays donneurs à services publics défaillants mais aussi accepteurs d'enfants sans grande vigilance, elle a seulement vocation à harmoniser les relations entre pays.


L'institut « Donaldson Adoption » a mis sur pied un projet avec 1013 parents adoptifs et 279 professionnels. La convention a drastiquement réduit le nombre d'enfants adoptables dans les pays développés, mais c'est sans aucun effet sur la population d'enfants sous les systèmes de protection. Les enfants ne peuvent pas être adoptés par leurs proches, comme au Pérou, ou vieillissent dans les orphelinats. La corruption est plus forte en haut de la chaîne, gouvernement et Autorité Centrale. On a bien vu à Bilbao que nous touchions là les limites du système mis en place par la Conférence de La Haye.


Les études longitudinales

Au Portugal, 99% des 400 adoptions annuelles sont nationales et souvent les enfants sont élevés dans des institutions. Maria Barbosa-Ducharme, de Porto, a effectué une étude dont le but est de caractériser les compétences sociales des adoptés selon leurs parents et d'identifier les prédicteurs des capacités sociales. Plus l'enfant reste dans des familles dysfonctionnantes et dans des soins résidentiels, plus fortes sont les difficultés dans les interactions sociales positives.


Jesus PalaciosJesus Palacios, de Séville, a autour de lui une équipe importante qui publie beaucoup et il a présenté des résultats sur des enfants venant de Russie vers l'Espagne, avec trois moments d'investigation : à l'arrivée (à trois ans en moyenne) ; à 6 ans et à 10 ans. Ils ont été comparés à des enfants institutionnalisés en Espagne, dans des conditions que l'on peut qualifier de bonnes, avec du personnel bien formé, une vingtaine d'enfants au maximum, qui vont à l'école dans le voisinage. Les paramètres vérifiés sont la taille, le poids et le périmètre crânien. Les adoptés russes sont en dessous de la moyenne à leur arrivée et la récupération est forte sauf pour le périmètre crânien qui est en corrélation avec le développement cognitif et les fonctions exécutives. La plupart de la récupération se produit dans les trois ans après l'adoption.

Jesus Palacios a étudié les relations qu'ont les adoptés avec leurs pairs, car la compétence sociale est une caractéristique clé pour l'intégration dans le groupe. A l'adolescence, les pairs sont souvent plus importants que les parents. Il est intéressant de noter un changement majeur de perception chez les enseignants au cours de cette étude longitudinale, ainsi qu'un rejet croissant de la part des pairs, la plus mauvaise perception des adoptés étant le fait des camarades de classe.


Maria KroupinaMaria Kroupina, du Minnesota, a aussi proposé une étude longitudinale sur des enfants adoptés en Europe orientale. Elle confirme une récupération pour le QI, la taille et le poids en 30 mois, mais pas pour le périmètre crânien. La période initiale après l'adoption est sensible pour la récupération du système, en particulier pour la stimulation sensitive. Maria Kroupina a aussi participé à un programme au Kazakhstan, avec entre autre la fondation Spoon (www.spoonfoundation.org/), pour vérifier si le développement neurologique est corrélé avec la durée en institution, ce qui a été confirmé. Il convient néanmoins de retenir qu'il existe des différences importantes entre les institutions de différents pays, mais aussi au sein d'un pays.


Margaret Keyes a vérifié que les adoptés sont substantiellement représentés dans les maladies mentales mais que les problèmes sont moins importants pour les transnationaux que pour les nationales. Elle met en évidence de larges différences entre adoptés et non adoptés en ce qui concerne : les conflits avec les parents, la réaction au stress, un moindre bien-être. Ces troubles sont les plus importants à l'adolescence.


La démographie

Peter SelmanPeter Selman, l'un des rares démographes spécialisés sur l'adoption internationale, a fait le tour de la question, en insistant sur quelques modifications du paysage. Par exemple, le ratio filles sur garçons de la Chine a énormément baissé, tombant à 74% en 2009. En 2011, 600 enfants indiens ont été adoptés et les adoptions internationales sont passées de 28% à 9% en cinq ans. En 2007, en Corée du Sud, l'adoption nationale a dépassé l'internationale.




Les études sociologiques

Ritta HögbackaRiitta Högbacka, d'Helsinki, a étudié des familles finlandaises et sud-africaines et elle montre clairement l'opposition du modèle familial du Nord, nucléaire idéalisée, biogénétique, hétérosexuel, l'enfant appartenant au noyau familial étroit, avec le modèle du Sud, avec une famille fluide, du fosterage informel, de la porosité (un individu peut appartenir à plusieurs foyers en même temps), et l'enfant appartient au groupe (30% des cas). L'adoption est comprise en Afrique du Sud comme un abandon à la lumière des compréhensions culturelles de prises en charge de l'enfant par le groupe et elle est stigmatisée. Les conséquences sont l'ostracisme par les amis et le clan et un mauvais traitement par les autorités (police, hôpital). Les mères de naissance ont le sentiment d'envoyer leurs enfants à de « meilleurs » parents. Dans les rencontres « Nord-Sud », les mères de naissance occupent des positions subordonnées. Le pouvoir est chez les adoptants : ce sont eux qui définissent de combien une identité peut changer (notre enfant..). Les rencontres se passent bien ou mal.


Les origines

La question des origines a été évoquée à Bilbao. Laissons de côté sa définition, qui est loin de faire consensus, car les positions vont depuis le tout génétique (les origines des enfants nés de dons de paillettes) au tout environnemental. Les réponses sont, elles aussi, dépendantes des sensibilités nationales car les origines sont souvent perçues comme une partie, plus ou moins importante, de l'identité d'un individu. Rapprochons cela de la connaissance des données génétiques possibles avec le séquençage rapide, les origines pouvant aussi se trouver dans les informations génétiques dont nous sommes porteurs. Quelle position prendre lorsque l'on découvre une prédisposition statistique pour une maladie, alors que l'on cherche autre chose dans une analyse génomique. Le comité consultatif national d'éthique a proposé en France de respecter le droit du patient de ne pas savoir. Par contre, l'American College of Medical Genetics and Genomics a récemment pris comme position que l'on devait informer le patient sans qu'il puisse refuser. On voit bien que non seulement la définition de ce que sont les origines, mais aussi les réponses vont différer grandement d'un pays à un autre.


Wendy TiemanC'est pour répondre en partie à cette problématique de l'obligation ou du souhait de mémoire que Wendy Tieman a voulu savoir combien d'adoptés cherchent, pourquoi, avec ou sans le support de leurs parents. Elle a repris l'étude longitudinale de Frank Verhulst, commencée en 1986 à l'hôpital Sophia de Rotterdam, qui comprend toutes les adoptions légales aux Pays-Bas entre 1972 et 1975, soit 2148 personnes. Entre 43 et 49% ont le désir de rechercher, ce qui est un peu moindre que pour les adoptions nationales. Les raisons avancées pour la recherche sont la curiosité, l'apparence physique, l'histoire médicale. La recherche elle-même ne solutionne pas les problèmes de comportements quand ils existent. Les facteurs associés à la recherche sont : le divorce des parents, l'âge au placement (contrairement à l'adoption nationale), une attitude plus négative vers l'adoption, une ouverture moindre des parents adoptifs, une estime de soi plus faible, des problèmes psychiques plus importants (même si la majorité n'a pas de problème psy), le soutien des familles adoptives. 10% disent que le contact avec la famille bio a rendu leur vie plus compliquée et 40% trouvent que la relation avec les parents bios est mauvaise.


Quelques pays particuliers

A propos des 104 000 enfants juridiquement adoptables aux USA, alors que parallèlement les américains adoptent beaucoup à l'étranger, j'ai pu évoquer les raisons de cette désaffection pour l'adoption nationale, qui sont multi factorielles. Tout d'abord, les mères de naissance peuvent désigner les parents adoptants, ce qui freine les américains. L'existence des pères de naissance, qui peuvent surgir à tout moment dans la procédure, ralentit aussi les postulants locaux. Adopter à l'étranger est aussi un acte de sauvegarde que les américains apprécient particulièrement, étant davantage que les français enclins aux actions caritatives individuelles. Le profil principal des enfants est celui d'enfants afro américains dont les parents sont souvent en prison pour des affaires de drogue, les peines de plusieurs dizaines d'années n'étant pas rare, ce qui est une éternité pour un enfant. A l'heure actuelle, les USA sont le second pays d'origine des enfants adoptés aux Pays Bas.

Des présentations ont été faites sur quelques pays. Le Portugal connaît adoption pleine ou restreinte, et environ 7 000 enfants sont dans le circuit de la protection de l'enfance. Environ 400 adoptions sont prononcées chaque année et une vingtaine à l'international. Les adoptés reçoivent un soutien financier.

En Inde, les nationaux avaient du mal à adopter car l'abandon était très mal perçu et peu de parents disaient à leurs enfants qu'ils avaient été adoptés. En 2012, 94% des adoptions étaient nationales et 291 enfants partaient à l'étranger.

Au Mexique, abandonner un enfant est une grande transgression sociale. 29 000 enfants sont institutionnalisés dont 15 % susceptibles d'adoption.

Dans les années 60, il y avait environ 60 000 adoptions annuelles au Royaume Uni, essentiellement de mères célibataires, puis un changement d'attitude à leur égard s'est produit dans les années 70 : « all you need is love ». Aujourd'hui, 77% des adoptions viennent du système de protection de l'enfance, soit 3500 enfants, pour environ 200 adoptions transnationales. De nombreux succès sont constatés mais les enfants placés aujourd'hui sont porteurs de risques plus importants que jamais. Trois cas d'adoption « disolved » ont été reportés depuis 1995.

La France a aussi présenté son système d'adoption, que l'on va supposer connu ici, ainsi que les résultats de l'enquête financée par le ministère de la famille et réalisée par Juliette Halifax. La dispersion de la densité des adoptions, avec par exemple des taux plus forts en Bretagne, est assez rarement modélisée, et on pourrait poser l'hypothèse d'une corrélation avec le taux de pollution (a priori plutôt des sols et des eaux) qui nécessiterait validation.


Le moléculaire

Laurie MillerLaurie Miller, pédiatre américaine, a décrit les profils des adoptés transnationaux dont 73% arrivent aux USA à moins de 24 mois. La moitié des arrivants sont infectés, que ce soit par la tuberculose (de 15 à 30%) ou les maladies infectieuses. Les tests, négatifs à l'arrivée, peuvent être détectés positifs quelques mois plus tard. Le VIH est relativement rare. 14% des enfants venant de Chine ont un problème de plomb, ce qui affecte leurs capacités intellectuelles. Les pesticides auraient un rôle dans les pubertés précoces, ainsi que les conflits familiaux (avec les beaux pères essentiellement). L'anémie touche 70 à 80% des adoptés transnationaux. Laurie Miller aimerait développer un registre international des maladies répertoriées car elle a constaté par exemple que le rhume des foins est important chez eux. Dans le recensement US 2000, 12% des adoptés (internationaux et nationaux) ont une incapacité quelconque, le double des non adoptés. On constate aussi une diminution du métabolisme du glucose chez les adoptés roumains en IRMf, ainsi qu'une augmentation du volume de l'amygdale, ce qui est associé à une faible réactivité émotionnelle. Ces constatations ne sont pas spécifiques aux adoptés, car on a montré des effets environnements, comme l'ouragan de Louisiane qui a augmenté le taux d'autisme, ou le tremblement de terre en Chine qui a augmenté les dépressions sévères vers les 17 ans. L'épigénétique entraîne des changements dans l'enfance que l'on commence à être en mesure de comprendre, comme une méthylation différentielle de l'ADN chez les enfants institutionnalisés ainsi qu'une longueur différente des télomères, ou une sécrétion du cortisol affectée par les maltraitements précoces.

On peut donc entrevoir des thérapies potentielles et un traitement à la L-méthionine pourrait renverser les effets du manque de soin maternel. Laurie Miller organise des réunions pré adoption dans sa clinique. La première fois elle fait très peur aux postulants, mais ceux qui reviennent sont ensuite rassurés. Elle sera en France pour une année sabbatique en 2014. Espérons que l'on saura tirer profit de sa présence dans un pays où nous sommes encore loin de l'approche moléculariste, on prend encore souvent le divan comme une sonde de l'individu.


Philip FisherPhilip Fisher, professeur à l'université de l'Oregon, pense que les neurosciences peuvent aider à : 1) décrire les vulnérabilités des enfants avec une plus grande précision et à aller au niveau suivant ; 2) guider l'intervention de quoi et quand faire ; 3) transférer la connaissance de la recherche dans les standards pratiques et la politique publique.

De nombreux adoptés montrent les effets d'un stress toxique en ce qui concerne le langage, l'émotion, la taille, le périmètre crânien. Dans le cerveau il existe un système hormonal de régulation du stress, avec une production de cortisol plus élevée au lever que le soir. En cas de stress, cette activité reste élevée (ou faible dans d'autres schémas) toute la journée. Les enfants en Fosterage de 1 à 9 mois ne présentent aucune stabilité dans le taux de cortisol. Les expériences prénatales ont aussi un effet sur le taux de cortisol.

Un programme de soutien aux parents adoptifs (intitulé ADOPT) a été mis en place sur 16 semaines, avec deux facilitateurs, et il a aussi été implémenté dans quatre sites en Angleterre. Phil Fisher, en comparant le cerveau normal et celui d'enfants en fosterage, a aussi montré une corrélation négative entre le nombre de placements et le fonctionnement exécutif. L'amour n'est pas tout et les stress précoces ont un effet sur le développement cérébral, mais des interventions sont possibles dont la preuve de concept est maintenant acquise. Phil Fisher serait intéressé pour mettre en place son dispositif ADOPT dans d'autres pays en Europe mais il n'a pas de contact avec les autorités françaises.


Jacques Chomilier
Président du Comité d'experts du MASF

(1) La prochaine conférence internationale sur la recherche en adoption (ICAR5) se tiendra en 2016 en Nouvelle-Zélande


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